A l'époque du dossier de candidature, il m'avait fallu choisir un collège parmi les trente-neuf que compte Oxford. Après plusieurs heures passées à parcourir les sites internet de ces honorables institutions, je parvins à en choisir deux, sous-estimant l’importance de ce choix, dans la mesure où tous font parti de l’Université d’Oxford d’une part, et que mon éventuelle admission à un programme doctoral me garantissait l’admission dans un collège d'autre part. Je me retrouve dans un autre, sans vraiment savoir pourquoi, et d’après ce qu’on me dit, j’ai plutôt eu de la chance. Il a la réputation d’être un des tous meilleurs collèges pour les doctorants, et y être sans avoir posé de candidature, ça n’arrive jamais. Enfin, cela dit, tout collège qui se respecte prétend être le meilleur …
Ensuite un même collège héberge des étudiants d’une large palette de disciplines, des lettres classiques à l'astrophysique en passant par la génétique et les sciences politiques. De fait, la population y est étrangement hétérogène pour un arrivant d’une grande école française. On dit ici que ce mélange participe à l'ouverture des étudiants. Plus difficile pour les scientifiques d’ignorer les littéraires et réciproquement quand tous dînent à la même table.
Mon collège, c'est donc Balliol, en plein cœur de la ville. Ca ressemble à un château de l'extérieur, est à un château dans lequel on aurait construit des logements sociaux de l'intérieur. Selon une ardoise placée à l'entrée, Balliol "has a good claim to be the oldest of Oxford's Colleges", ce qui veut dire qu'il est seulement de quatorze ans plus jeune que le premier fondé et sans doute l'un des trois plus vieux. Sa devise non-officielle proclame que les élèves de Balliol jouissent d’une "tranquil consciousness of an effortless superiority". Cette arrogance sans nom et néanmoins plaisante ne lui permet cependant pas d’être en tête de la Norrington table, mais pas loin. Sa devise officielle proclame en latin un truc que j'ai oublié.
Balliol a un grand hall (qui fait usage de cantine), avec un orgue au plafond et les portraits des anciens masters et des plus célèbres alumni (des rois de Norvège et des premiers ministres britanniques) pendus au mur, une jolie chapelle et des grandes pelouses. Quelqu’un à qui je faisais visiter le hall il y a peu a eu l’étrange idée de me dire que, vraiment, Oxford fait tout pour ressembler au monde d’Harry Potter. C’est un peu comme quand un américain trouve intéressant que les anglais aient donné aux rues de Londres le nom de villes de Caroline du Nord ! Mais passons. Balliol, pour alimenter sa réputation de collège "de gauche" (la bonne blague) laisse ses étudiants jouir de privilèges incroyables, comme l'autorisation de marcher sur les pelouses ou celle de s'assoir à la "high table", traditionnellement réservé aux plus hautes autorités, et cela sans même leur imposer de porter l'uniforme !
Il y a quelque chose d’étrange à habiter dans des bâtiments historiques, à dîner dans un hall dont les murs si ce ne sont les bancs ont vu passer des générations de futurs grands hommes, à étudier dans une bibliothèque pleine de livres écrits à la plume, à prendre part à des traditions qui ne sont ni de ma culture ni de mon époque, à me faire prendre en photo par des touristes en plein déjeuner ou devant la façade principale. Je n’arrive pas à trouver ça normal.
Un fellow à qui je confiais cela à un dîner m’a souhaité que cela reste ainsi.
1 commentaire:
Ca va tu ne te sens pas trop perdu là dedans?
Bon courage dans le monde de Harry Potter (attention, je commence à peine le dernier...oui je sais, je suis à la bourre !) Je suppose que ça fait longtemps que tu l'as fini depuis cet été.
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